Et si le problème des parents n’était pas le numérique… mais des attentes impossibles ? À la lumière d’Yves Clot, les ateliers parentalité révèlent autre chose : une activité empêchée, prise dans des injonctions contradictoires. Et une solution simple : recréer du collectif.
Depuis des années, j’anime des groupes de parents autour du numérique.
Avec une idée simple, presque naïve :
👉 rassurer des parents dans leur capacité à être… des parents.
Pas parfaits. Juste suffisamment bons pour que ça tienne.
Et pour ça :
faire parler.
Faire circuler.
Partager.
Je pensais bricoler du “bon sens”.
J’ai peut-être bricolé… de la théorie sans le savoir.
🔍 1. Les parents ne sont pas perdus. Ils sont coincés.
Quand on écoute vraiment, quelque chose cloche.
On demande aux parents de :
- limiter les écrans
- rester joignables
- surveiller
- faire confiance
- protéger
- sans surprotéger
Une sorte de yoga mental en équilibre sur une chaise bancale.
Alors quand ça ne tient pas, on dit :
👉 “les parents sont perdus”
Mais si on retourne la phrase ?
👉 Et si c’était le cadre qui était intenable ?
Ce que Yves Clot appelle une activité empêchée :
quand bien faire devient… impossible à stabiliser.
Pas faute de volonté.
Faute d’un monde cohérent.
🧱 2. Le vrai bug : pas de collectif, que des injonctions
Dans n’importe quel métier, quand ça coince, on fait quoi ?
On en parle.
On se dispute.
On compare les manières de faire.
On ajuste.
Bref : on fabrique du métier ensemble.
Dans la parentalité ?
Silence radio.
Ou pire :
du bruit.
- des conseils qui s’empilent,
- des experts qui prescrivent,
- des normes qui se contredisent,
- des discours qui inquiètent plus qu’ils n’aident.
Et au milieu :
un parent seul, face à une équation insoluble.
Pas de collectif = pas de repères.
Pas de repères = ça tangue.
Logique, non ?
🌱 3. Ce qui marche (et ce n’est pas magique)
Puis il y a ces moments.
Un parent raconte une situation.
Un peu bancale.
Un peu honteuse parfois.
Et quelqu’un dit :
👉 “Ah… chez nous aussi.”
Et là, truc étrange :
Rien n’a été “corrigé”.
Mais tout a changé.
Parce que l’expérience devient partageable.
Donc discutable.
Donc transformable.
Ce n’est plus un problème individuel.
C’est une activité collective en train de se fabriquer.
🔧 Ce que je croyais faire… et ce que je faisais vraiment
Je pensais animer des ateliers sur le numérique.
En réalité, je faisais autre chose :
👉 un espace où l’activité parentale peut exister, se raconter, se déplacer.
Une forme de clinique de l’activité sans blouse blanche,
sans jargon,
mais avec des gens.
🎯 Conclusion (avec un léger vertige)
Si ces groupes “marchent”, ce n’est peut-être pas parce qu’ils donnent les bonnes réponses.
C’est peut-être parce qu’ils changent la question :
On ne demande plus
👉 “comment être un bon parent ?”
Mais plutôt
👉 “comment on fait, ensemble, avec ce qui résiste ?”
Et au fond, une petite suspicion persiste :
Et si les parents n’avaient jamais eu besoin de plus de conseils…
mais de moins de solitude ? 😏
