Réguler les plateformes…

dans un monde sans plateformes ?


Réguler les plateformes…

La régulation européenne cible des plateformes identifiables. Mais les architectures évoluent : Fediverse, Nostr, mesh… sans centre ni acteur dominant. Dès lors, que devient la régulation quand il n’y a plus vraiment de plateforme à saisir ? Le problème change d’objet.

Depuis quelques années, la régulation européenne du numérique s’organise autour d’un objet assez bien identifié :
👉 la plateforme.

Le Digital Services Act, l’identité numérique européenne (eIDAS), ou encore les débats autour du Chat Control reposent sur une même hypothèse implicite :

👉 il existe des acteurs identifiables
👉 des points de passage structurés
👉 des responsabilités localisables

Bref : un Web organisé, centralisé ou au moins cartographiable.


🧱 Une régulation pensée pour HTTP

Ce cadre fonctionne… tant que l’on parle du Web tel qu’on le connaît :

  • plateformes centralisées
  • flux passant par des serveurs identifiables
  • économie structurée autour d’intermédiaires

Le DSA, par exemple, introduit la notion de VLOP (Very Large Online Platforms).
Autrement dit : plus c’est gros, plus c’est régulable.

👉 Mais encore faut-il que “le gros” existe.


🕳️ Le trou dans la raquette : le distribué

Pendant que la régulation se consolide, les architectures évoluent.

  • Fediverse / ActivityPub
    → une multitude d’instances, juridiquement diffuses
    → pas de centre évident, mais un ensemble connecté
  • Nostr
    → relais interchangeables
    → signatures cryptographiques
    → contenus difficilement supprimables par design
  • Mesh / off-grid (Briar, Bridgefy, BitChat)
    → communication locale
    → sans serveur
    → sans infrastructure centrale

👉 Ici, il n’y a plus vraiment “d’hébergeur responsable”.
👉 Il y a… des configurations techniques.


🧠 Changement de terrain

Et c’est là que le sol bouge.

La régulation européenne repose sur une logique simple :

👉 identifier → qualifier → responsabiliser

Mais que devient cette logique quand :

  • il n’y a plus de centre ?
  • plus d’acteur dominant ?
  • plus de point de contrôle évident ?

👉 On ne régule plus une plateforme.
👉 On tente de réguler… une architecture.


🦄 Et pendant ce temps…

Voir des figures comme Jack Dorsey s’intéresser à ces modèles n’est probablement pas un hasard.

Deux hypothèses (à peine spéculatives) :

👉 anticiper un futur marché du web post-plateforme
👉 ou organiser cet espace avant qu’il ne devienne réellement incontrôlable


🎯 La question (qui fâche un peu)

La régulation actuelle pose la bonne question…
mais peut-être sur le mauvais objet.

👉 “Comment réguler les plateformes ?”

Alors même que :

👉 les architectures commencent à rendre la notion de plateforme… secondaire.


🤔 Et donc ?

Peut-être que le vrai sujet n’est plus :

👉 comment réguler ce qui est visible

mais :

👉 comment penser la régulation quand
il n’y a plus vraiment de centre,
plus vraiment d’intermédiaire,
plus vraiment de prise.


🧩 En creux

Le Web ne disparaît pas.
Il change de forme.

Et la régulation, elle, court après une cible
qui, tranquillement, est en train de se déplacer.

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