Alors que le droit cherche des responsables, les systèmes numériques produisent des effets sans auteur identifiable. Le risque devient systémique, issu du fonctionnement même des plateformes. La question n’est plus « qui a fauté ? », mais « quel système rend ces effets possibles ? ».
On parle beaucoup d’interdiction. D’âge. De seuils. De contrôle.
Comme si le problème était… l’accès.
Mais pendant que la législation nationale regarde qui tient le smartphone, l'Europe regarde ce que le système fait, en continu. C'est ça le DSA.
Et là, changement d’échelle.
🧩 Du geste individuel au système
Nous avons tous en tête une idée simple :
👉 tu causes un dommage → tu répares.
C’est propre. C’est rassurant. C’est presque moral.
Mais ça suppose une chose essentielle :
👉 qu’on puisse désigner quelqu’un.
Or, dans les environnements numériques contemporains… c’est rarement le cas.
🌀 Le risque sans auteur
Un système produit aujourd’hui des effets sans qu’on puisse dire :
qui a décidé précisément, à quel moment, avec quelle intention.
Ce que montrent les recherches sur les usages des jeunes, c’est justement ça : les effets ne viennent pas d’un acte isolé, mais d’un enchevêtrement de dispositifs, de pratiques et de contextes
On ne parle plus d’un contenu, ni même d’une plateforme, mais d’un environnement.
⚖️ Ce que change le “risque systémique”
Le raisonnement bascule.
Ce n’est plus :
👉 “Qui est responsable du dommage ?”
Mais :
👉 “Quel système est capable de produire ce type d’effet ?”
Et surtout :
👉 “Pourquoi continue-t-on à le laisser fonctionner tel quel ?”
🏗️ Une responsabilité qui précède le problème
Avec cette approche, quelque chose d’assez dérangeant apparaît :
👉 On devient responsable avant même qu’il se passe quelque chose.
Pas parce qu’on a mal agi. Mais parce qu’on a construit un système puissant, massif, automatisé.
Un système qui :
organise l’attention, structure les interactions, rend certains comportements plus probables que d’autres.
Et ça… même sans intention.
🤔 Petit doute (salutaire)
Du coup, une question flotte.
Un peu gênante.
Un peu persistante.
Si un système produit des effets problématiques par son fonctionnement normal…
👉 est-ce encore un accident ?
Ou est-ce… son mode d’existence ?
🧭 Et maintenant ?
On a commencé cette série avec une question d’interdiction.
On la termine avec une autre, beaucoup moins confortable :
👉 Faut-il réguler les usages… ou interroger les systèmes qui les rendent possibles ?
Et dans un coin de la pièce, une dernière idée qui traîne :
👉 si on applique cette logique aux plateformes… qu’est-ce qu’on fait des politiques publiques elles-mêmes, quand elles reposent sur des systèmes massifs, automatisés, invisibles ?
(oui… ça commence à devenir légèrement explosif)
