1936

L'uniforme des vacances


1936

Le monde s’organise, entre conquêtes sociales et tensions politiques. Les corps comptent, les foules aussi. On encadre, on structure, on éduque. Pendant ce temps-là, la jeunesse part, découvre, apprend ensemble. Déjà, certaines formes inquiètent.

Ils montent dans le train en chantant, drapeaux en main. Pas pour une manif, non : pour la colo. Le Front populaire vient de passer, et pour la première fois, les vacances sont un droit. Alors on les habille pareil, on les rassemble en troupes, et on les envoie respirer au grand air. Ça fera de bons citoyens, dit-on. De bons corps aussi.

Les filles portent des chemisiers à col et des jupes pratiques. Les garçons, des culottes courtes et des foulards noués. On chante, on marche, on écoute les moniteurs raconter des histoires de courage. On apprend à faire feu de bois, à tendre une toile, à saluer les couleurs. La jeunesse se muscle, mais surtout, elle s’apprend.

Et pourtant, certains s’inquiètent déjà. Trop d’activités mixtes. Trop de liberté dans les conversations. Trop de questions sur le monde, la politique, la religion. Les parents, eux, sont tiraillés : fiers de voir leurs enfants partir… mais gênés par ces idées nouvelles qu’ils rapportent. La presse conservatrice parle de “jeunesse déracinée”. D’autres préfèrent le modèle fasciste, plus clair, plus viril.

La panique morale monte en sourdine. On commence à comprendre que former la jeunesse, c’est façonner l’avenir. Et que les jeux de corde et de tambour masquent un enjeu plus vaste : celui de leur loyauté.

D’autres cadres viendront.

Mais pour l’instant,
ce sont des uniformes.

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