Le monde doute, se transforme, cherche d’autres équilibres. Les repères vacillent, les modèles s’essoufflent. On expérimente, on explore. Pendant ce temps-là, la jeunesse se retrouve, écoute, ressent autrement. Déjà, certaines perceptions inquiètent.
Ils ont traversé un champ pour s’éloigner de la route. Juste assez pour que la ville s’efface, juste assez pour que la rumeur s’estompe. Autour d’eux, l’herbe plie sous les tapis, les sacs, les corps. On parle doucement, on fume parfois. La radio crache un peu mais la voix de Janis passe quand même. On a apporté un magnétocassette, assez lourd pour faire partie du décor. Et dans un coin, précieusement glissée dans une chemise cartonnée, une pochette vinyle dessinée comme une porte vers ailleurs.
C’est le règne du psychédélisme : les motifs se déploient, les sons circulent en spirale, les sensations prennent le pouvoir. Les drogues ? Parfois. Mais surtout : le droit de modifier sa conscience. Le droit de percevoir le monde autrement. Musique, couleurs, chaleur et paroles créent des combinaisons inédites. Le monde est un labyrinthe doux.
Ils n’ont pas tous pris des trucs. Certains préfèrent s’allonger, yeux ouverts, à attendre que le ciel se transforme. Les autres rient fort, les mains tachées de mûres. On raconte des trucs de rêve, des fragments d’idées. On cherche d’autres chemins, d’autres liens, d’autres mondes – qu’on peut construire à plusieurs, même à partir d’un vieux plaid.
Certains adultes disent qu’ils fuient la réalité. Qu’ils s’enferment dans des illusions. Qu’ils s’abîment dans la drogue ou le mysticisme. Mais eux, au fond, ne cherchent qu’à ressentir plus fort. À comprendre autrement. À vivre sans costume.
D’autres expériences viendront.
Mais pour l’instant,
ce sont des cassettes.
