1985

Boom boom dans les oreilles, solitude sur piles


1985

Le monde s’équipe, se diffuse, s’individualise. Les technologies deviennent portatives, les sons omniprésents. Chacun peut choisir, chacun peut s’isoler un peu. Pendant ce temps-là, la jeunesse partage… et se retire aussi. Déjà, certaines bulles inquiètent.

Ils se retrouvent sur le muret, toujours le même, à l’ombre d’un arrêt de bus qui ne mène nulle part. Dans les sacs, un ghetto blaster que l’un d’eux a hérité de son grand frère. Il faut six piles pour le faire rugir, mais le son claque, traverse la rue, rebondit contre les murs tagués. Ça groove, ça pulse, ça s’approprie le bitume.

À côté, une fille a mis ses écouteurs orange mousse. Walkman vissé à la ceinture, elle est là sans l’être. Elle écoute sa mixtape, celle qu’elle a enregistrée la veille depuis la radio en coupant la pub. Elle entend les autres, mais elle préfère cette bulle, intime et portative. Les autres ne s’offusquent pas. On a appris à coexister chacun dans sa bande-son.

Les adultes s’inquiètent. Le ghetto blaster est jugé agressif. Le Walkman, asocial. On parle d’ados qui s’enferment dans la musique, qui s’abrutissent aux clips de MTV, qui n’écoutent plus leurs parents ni les oiseaux. On dit même qu’à force, ils vont devenir sourds. Mais les jeunes sourient, appuient sur "play" et montent le son. Juste un peu plus fort que les reproches.

D’autres écoutes viendront.

Mais pour l’instant,
c’est le Walkman.

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