2010

Tout, tout de suite (et liké)


2010

Le monde s’accélère, se connecte en continu. Les écrans deviennent mobiles, les échanges instantanés, les images circulent sans pause. Tout se vit et se partage presque en même temps. Pendant ce temps-là, la jeunesse publie, réagit, se montre. Déjà, certaines mises en scène inquiètent.

On est en 2010. Dans un salon trop lumineux ou une chambre sans murs, quatre ados sont réunis… ou plutôt connectés les uns à côté des autres. L’un regarde son téléphone, l’autre répond à un message, un troisième prend un selfie collectif à bout de bras — flou, surexposé, authentique. La quatrième, casque sur les oreilles, enchaîne les parties sur un jeu en ligne multijoueur où l’on tue, construit, discute, recommence.

La photo est prise pour être partagée. Le commentaire aussi est déjà prêt : “Team de feu 🔥 🔥🔥. On ne documente plus les souvenirs après coup, on les scénarise en direct. Le réseau social, c’est le nouveau carnet de bord, mais avec filtres, tags, et options de partage. Ce n’est pas (encore) une stratégie de marque : c’est une manière d’exister en ligne comme on existe en bande, dans la cour ou à la plage.

Paniques morales : les selfies rendent narcissique, les réseaux sociaux détruisent la vraie amitié, les jeux en ligne abrutissent. Les médias parlent d’une génération “zappeuse”, “égocentrique”, “hyperconnectée”. Pourtant, la plupart cherchent juste à maintenir le lien — de manière maladroite, certes, mais inventive.

Dans cette décennie, la jeunesse vit à l’intersection du flux et du fil. On se cherche toujours, mais à travers le regard des autres, les likes, les réactions. L’intime devient extime, mais avec humour et second degré. Et tant pis si tout cela disparaît dans l’oubli numérique.

D’autres flux viendront.

Mais pour l’instant,
c’est le smartphone.

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