2021

Confinés, mais pas seuls


2021

Le monde se ferme, s’isole, se fragilise. Les corps se retirent, les liens passent par écrans interposés. L’incertitude s’installe, les repères vacillent. Pendant ce temps-là, la jeunesse se retrouve autrement, à distance mais ensemble. Déjà, certaines présences inquiètent.

Mars 2021. Le monde flotte encore dans une brume de gel hydroalcoolique et de notifications anxiogènes. Quatre visages d’ados s’alignent en splitscreen sur l’écran. Chacun dans sa chambre, parfois déguisée en studio de fortune. Le selfie est devenu visioconférence, le couloir est devenu canal Discord, et les fenêtres… des fenêtres de navigateur.

Chacun chez soi, ensemble pourtant. Ils chantent en playback sur TikTok, se partagent des playlists Soundcloud, discutent d’angoisse climatique sur Insta, s’envoient des vocaux de dix minutes. Ils ne cherchent pas la viralité. Ils cherchent à se sentir vivants.

Paniques morales : les écrans déshumanisent, TikTok abrutit, le distanciel détruit la jeunesse, la solitude explose. On s’inquiète de leur fragilité, mais on oublie de leur faire de la place ailleurs.

Et pourtant. Ils bricolent du commun. Ils dansent, s’écrivent, s’organisent. Ils exorcisent leurs angoisses collectives — inégalités, écologie, avenir flou — en les partageant. Leur vulnérabilité devient langage. Leur écran, refuge.

C’est l’aboutissement de décennies de craintes. Les jeunes n’ont jamais été vraiment bienvenus dans l’espace public — tout au plus tolérés. Le confinement n’a fait qu’acter leur relégation : des lieux collectifs vers la chambre, puis de la chambre vers le réseau. Mais dans ce repli imposé, ils ont reconquis un espace : connecté, mouvant, imparfait, mais à eux.

D’autres présences viendront.

Mais pour l’instant,
c’est Zoom.

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